Gichin FUNAKOSHI est le plus illustre des grands Maîtres de l'histoire du Karaté-do. Il naquit à Shuri dans la Préfecture
d'Okinawa en 1868 et étudia le Karaté-do dès sa plus tendre enfance. Il fut le premier à promouvoir cet art pour lequel
il organisa les premières représentations publiques. En tant que président de l'Association pour l'Esprit des Arts Martiaux
d'Okinawa, il fut choisi pour représenter le Karaté-do à la première démonstration nationale d'athlétisme
à Tokyo en 1922. Ceci eut pour conséquence l'introduction de cet art martial ancestral, d'abord au Japon, puis, plus tard, à
travers le monde entier.
Devant l'insistance des autorités japonaises et de ses nombreux amis pour qu'il demeure au Japon, le Maître s'installa à Tokyo.
Ainsi, le Karaté-do se développa grâce à l'enseignement qu'il ne cessa de prodiguer, à ses nombreux écrits
et aux katas qu'il inventa.
A la fin de sa vie, il fut le fondateur et le président du Shotokai. Il insista toujours sur les aspects spirituels du Karaté-do et
c'est sous son influence que l'idéogramme désignant le Karaté-do fut changé, le symbole "La main chinoise" devenant
"La main vide". C'est ce sens qui est universellement reconnu aujourd'hui.
Le Karaté en tant qu'entraînement athlétique

La nature du Karaté est telle que le corps est sollicité dans toutes les directions, contrairement à ce qui est demandé
par exemple aux bras pour l'aviron et aux jambes pour le saut. En Karaté, il n'y a aucun intérêt à développer
exclusivement un seul côté du corps. En fait, un des avantages du Karaté est le développement équilibré et
harmonieux du corps. Dans la plupart des cas, une minute ou deux suffisent à exécuter un Kata. De plus, au cours de la progression de
l'entraînement, les mouvements deviennent de plus en plus rapides et l'entraînement de plus en plus vigoureux dans son ensemble, ce qui
fait qu'il est possible d'exécuter un exercice relativement complet pendant un temps assez court. Ce type d'exercice est idéal pour
beaucoup de ceux qui désirent s'entraîner mais ne disposent pas du temps nécessaire. La durée restreinte des exercices de
Karaté est un deuxième avantage à son actif. Aucun autre type d'entraînement, que ce soit le Judo, le Kendo, le tir à
l'arc, la natation ou l'équitation, ne peut se pratiquer en un lieu quelconque et à n'importe quel moment aussi aisément que le
Karaté.
La plupart des sports requièrent des emplacements de grandes dimensions, des équipements spéciaux ou des partenaires et, de ce point
de vue, le Karaté est très souple et très adaptable. L'emplacement est indifférent, aucun équipement et même
aucun partenaire ne sont nécessaires. On peut le pratiquer dans un jardin, dans une chambre, dans un hall ou tout autre endroit selon son
désir. Ceci constitue un troisième avantage du Karaté.
D'habitude, un exercice adapté aux hommes ne convient pas aux femmes et ceux qui sont adaptés aux femmes ne conviennent pas aux hommes ;
les exercices destinés aux convalescents sont insuffisants pour les personnes bien portantes et de même, les exercices convenant aux jeunes
gens en bonne santé sont trop éprouvants pour les personnes âgées ou pour les enfants. Le Karaté peut être
pratiqué par les personnes affaiblies, par les femmes, les enfants et les personnes âgées. En d'autres termes, comme chacun peut
adapter l'exercice à ses capacités et comme chaque unité d'entraînement a une durée variant d'une à deux minutes,
il n'y a aucun danger de surentraînement ou d'épuisement physique. De plus, au fur et à mesure que le corps est éduqué
et que les techniques deviennent plus élaborées, les mouvements deviennent naturellement plus puissants, de sorte que la quantité
d'effort devient suffisante, même pour les jeunes gens à l'apogée de leur force physique. L'ampleur des exercices se développe
naturellement au cours du processus d'entraînement voilà un élément que je citerai comme quatrième avantage du
Karaté.
Le fait que le Karaté puisse être pratiqué seul ou en groupe est un aspect qui lui est propre. Enfin, même si l'on ne
considère que le point de vue de l'exercice physique et sa valeur pratique, la suite de mouvements des bras et des jambes ayant une signification
spécifique et les nombreuses variations des différentes séquences des Kata représentent, en ce qui concerne leur étude,
autant de défis à relever. Tout en y prenant plaisir et tout en étant entièrement pris par leur étude, on profite de
leur acquis sans même s'en rendre compte. La valeur du Karaté en tant que méthode d'éducation physique peut aisément
se prouver par des tests scientifiques ; après un an seulement d'entraînement, on peut facilement se rendre compte des progrès et
reconnaître l'amélioration de sa condition physique par rapport à ce qu'elle était avant la pratique du Karaté.
Le Karaté en tant qu'autodéfense

Presque toutes les créatures vivantes ont un mécanisme de défense naturelle; quand le processus n'est pas complet, le plus faible
est détruit et périt dans la lutte sauvage pour la survie. Les crocs du tigre et du lion, les serres de l'aigle et du faucon, le dard
empoisonné de l'abeille ou du scorpion, les épines de la rose ou du cognassier du Bengale, ne sont-ce pas là des préparations
naturelles à la défense? Mais si les mammifères inférieurs, les oiseaux, les insectes et les plantes ont chacun de telles
fonctions spécialisées, se peut-il que l'Homme, Seigneur de la création, ne soit pas, lui aussi, pourvu de ces facultés?
L'affirmation suivante peut servir de base appropriée pour apporter une réponse à cette question: nous ne devons avoir aucune
intention de causer des dommages aux autres, mais nous devons éviter les ennuis. Afin de se protéger, on doit trouver une méthode
qui permette au faible de se défendre contre des adversaires plus forts. La force du Karaté est maintenant bien connue pour son
efficacité : par exemple, il est possible de casser des planches ou de briser des pierres sans utiliser d'outils, de sorte qu'il n'est pas
exagéré d'affirmer qu'un homme bien entraîné à cette méthode de défense, peut considérer son
corps comme une arme défensive terriblement efficace. Enfin, bien qu'il y ait des techniques de projections en Karaté, il repose
essentiellement sur des techniques de frappe, de coups de pied et d'enfoncement. Ces mouvements sont très rapides et peuvent échapper
à l'oeil non averti. Les combinaisons blocage-attaque sont exécutées simultanément et, grâce à elles, des
individus physiquement faibles, des femmes ou des enfants ont largement la force de contrôler un adversaire plus puissant.
En résumé, entre autres avantages du Karaté en tant que méthode d'autodéfense, on peut distinguer les traits
suivants: les armes ne sont pas nécessaires, les vieux ou les faibles, les femmes peuvent l'appliquer, enfin, il permet de se protéger
même si on n'a qu'une force naturelle modeste. Tous ces éléments se combinent pour faire du Karaté une forme
d'autodéfense sans égal.
Le Karaté en tant que discipline spirituelle
Le Karaté ne diffère pas des autres arts martiaux, en ce qu'il favorise chez ceux qui en ont compris l'essence, le développement
du courage, de la courtoisie, de l'intégrité, de l'humilité et du contrôle de soi. Cependant, la pratique de la plupart des
arts martiaux est si rigoureuse dès le début, que ceux-ci ne sont pas adaptés aux individus de constitution fragile, pas puissamment
bâtis ou de caractère faible; de manière générale, de telles personnes perdent courage et abandonnent très
tôt l'entraînement. Par ailleurs, il peut arriver à un élève de constitution fragile de pratiquer si consciencieusement
qu'il se surentraîne au point de se blesser ou de tomber malade, son corps n'étant pas capable de suivre le rythme que lui impose sa
volonté; des échecs précoces de cette nature se rencontrent souvent. Pour toutes ces raisons, de nombreuses personnes doivent
abandonner l'espoir de pratiquer un art martial, bien que celui-ci développe le courage et fortifie le corps, ce qui est d'importance capitale
pour ceux-là même dont la constitution ou la volonté laissent à désirer. Dans ce contexte, il est important que les
jeunes, les vieux, les hommes et les femmes puissent également pratiquer le Karaté. Comme il n'est pas nécessaire de disposer d'un
emplacement spécial, d'un équipement particulier ou de partenaires, la souplesse de l'entraînement est telle que les individus dont
le corps et l'esprit ne sont pas suffisamment aguerris pourront quand même développer graduellement et naturellement leurs capacités
sans même réaliser leurs propres progrès.
La souplesse de l'entraînement permet aussi d'effectuer d'énormes progrès sur le plan spirituel. Car, comme on le sait, si
l'entraînement à n'importe quel art martial vient à être interrompu pendant six mois ou un an, aucun progrès ne peut
être espéré sur le plan spirituel. La connaissance de cet art, la maîtrise de ses techniques, le développement des
vertus de courage, de courtoisie, d'intégrité, d'humilité et de contrôle de soi jusqu'à en faire la lumière
intérieure qui servira de guide dans la vie quotidienne, tout ceci demande au moins de dix à vingt ans et, si possible, une vie
entière dédiée à l'étude de cet art. A cause de sa souplesse qui permet un entraînement continu, je
considère que parmi les arts martiaux, le Karaté est l'un des plus adaptés à parfaire l'entraînement spirituel.
Le successeur de maître Funakoshi à la tête du Shotokan fut son fils, maître Yoshitaka (1906-1945). Il introduisit des positions
de plus en plus basses et des attaques plus longues et plus puissantes. Il développa également le combat souple et les kumités
(littéralement mains "te" qui se rencontrent "kumi" ou exercices de combat) et orienta le karaté vers une pratique plus sportive. Ainsi
est né le Karaté-Do style Shotokan, du nom du Dojo où enseignait maître Gichin Funakoshi.
source : KARATE DO KYOHAN le livre du Maître GICHIN FUNAKOSHI